Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
L'UFC Que Choisir 43

L'UFC Que Choisir 43

Blog de l'Association UFC QUE CHOISIR DE HAUTE LOIRE

Publié par UFC QUE CHOISIR de Haute Loire

Deux heures de bouchons dans la vallée, la file d’attente aux remontées mécaniques, la nuit d’hôtel à prix d’or… Voici quelques pistes pour partir plus sereinement en montagne.

Cocorico. À l’hiver 2014-2015, la France a été la première destination de ski mondiale avec 53,9 millions de « journées-skieurs », devant les États-Unis (53,6 millions) et l’Autriche (51,8 millions). « Toutes les stations, de la plus petite à la plus internationale, avec leurs grands espaces reliés de renommée mondiale, participent au rayonnement international de la France », claironne le rapport 2014 sur le tou­risme hivernal de l’organisme Atout France (1). Les Belges, les Britanniques, les Néerlandais et un nombre croissant de Russes plébiscitent nos massifs. Enfin… presque. Car quelque chose ne tourne pas rond au royaume de l’or blanc. De 2006 à 2015, selon les statistiques très précises de Domaines skiables de France (2), la fréquentation des 100 prin­cipales stations a stagné (0,3 %). Comme la clientèle internationale est en hausse, compte tenu de l’augmentation de la population (+ 4 % entre 2008 et 2014), les Français (68 % du total) semblent se détourner du ski. La quinzaine de très grandes stations à plus d’un million de journées-skieurs, soit 80 % de l’activité du secteur, a perdu 0,5 % de sa clientèle depuis 2006 (3). Les petites stations résistent mieux, avec une progression de 2,2 %.

 

Effet du réchauffement climatique ? Non point

Grâce aux canons à neige, la garantie de pouvoir skier n’a jamais été aussi forte. C’est plutôt une question de prix. Atout France a interrogé en juillet 2014 des « abandonnistes » qui n’allaient plus à la montagne aux vacances de Pâques. Premier motif invoqué par les sondés (45 %) : le ski est trop cher ! La dépense moyenne par personne et par jour atteint vite 150 € en haute saison, soit 900 € la semaine. À Pâques, à ce prix, les vacances au soleil sous d’autres latitudes sont légion.

 

La flambée des remontées

Les tarifs des remontées mécaniques augmentent sans cesse. Selon la revue Montagne Leaders, sur la saison 2005-2006, les 100 premiers domaines réalisaient 945 millions d’euros de chiffre d’affaires pour quelque 52 millions de journées-ski. Neuf ans plus tard, en 2013-2014, les skieurs sont à peine plus nombreux (52,4 millions de journées), mais le chiffre d’affaires des remontées dépasse 1,3 milliard ! Près de 35 % de hausse en presque dix ans. À 57 €/jour à Courchevel ou 48,50 € à l’Alpe-d’Huez, cela devient rédhibitoire. « Attention, en moyenne, toutes formules comprises – jour, semaine et illimité –, le coût des remontées est seulement de 23,50 €/jour, plaide Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France. Nous sommes dans la moyenne des pays européens. Les gens retiennent le prix des forfaits, mais ils ne représentent que 15 % de leurs dépenses, pour un service de qualité. »

 

Villages peu connus pour budgets étudiés

En effet, à Courchevel, la nuit d’hôtel telle qu’elle ressort du comparateur du site TripAdvisor, Trip­Index, fait relativiser le prix des remontées : 340 € en moyenne ! 260 € à Val-d’Isère et 167 € aux Ménuires, une station « populaire » dans les années 1980… Mais tout près des stations de prestige se trouvent des villages abordables d’où l’on accède aux grands domaines : Trois-Vallées, Espace Diamant, Évasion Mont-Blanc, Paradiski, etc. L’offre de locations à 500 € la semaine pour 4 est importante. Si vous préférez un petit domaine ou faites du ski de fond, vous pouvez trouver à 250 € par semaine. Des milliers d’appartements restent vides chaque hiver, même en période de pointe. Le rapport de force est en faveur de l’usager. Les professionnels l’ont compris dans nombre de petites et moyennes stations et jouent le jeu. Là où les logements sont abordables, les locations de matériel, les forfaits, la restauration le sont aussi. Et ces stations moins connues ont souvent su garder une simplicité désormais introuvable dans nos usines à ski de renommée mondiale.

 

Le temps d’accès réel aux pistes

Sans circulation, il faut 2 h 40 pour se rendre de Lyon à une station comme l’Alpe-d’Huez (38). En basse saison, pour un skieur qui a déjà son forfait et possède son matériel, il est possible de skier à 11 h en partant à 8 h du matin de Lyon, voire à 4 h du matin de Paris pour les plus mordus ! Voilà pour le scénario rose. Maintenant, le scénario noir. Un samedi de vacances, entre 3 et 4 h de ralentissements sont à prévoir en plus pour atteindre la station. Une fois sur place, il faut compter encore 1 h entre la location du matériel et la souscription du forfait. Ces formalités faites, reste l’attente aux remontées mécaniques, qui atteint facilement une demi-heure en période de pointe. Comme les domaines ferment à 16 h 30, la première journée des vacances est perdue pour le ski. Notre conseil : étudiez les locations décalées, du vendredi au vendredi ou du dimanche au dimanche. Elles allongent sensiblement la durée utile de votre séjour !

 

Domaines skiables : Petits arrangements avec la réalité

Vous ne trouverez pas de kilométrage de longueurs de pistes de station dans ce dossier, les chiffres étant trop fantaisistes. Le cabinet allemand Montenius Consult l’a démontré avec Google Earth dans une étude parue en 2013. Isola 2000 (06) n’a pas 120 km de pistes, mais 56 km. Serre-Chevalier (05) annonce 250 km, les Allemands en ont relevé 156 km. Au lieu des 310 km des Sybelles (73), il y aurait 146 km. Même les plus grands domaines exagèrent : pour les Trois-Vallées, ce ne sont pas 600 km, mais 495 km. Et le phénomène est européen : presque tout le monde triche d’un tiers (34 %) en moyenne. Une piste mesure 2 000 m en ligne droite ? Comme les skieurs zigzaguent, va pour 3 000 m. Celle-ci est si large qu’elle compte double, celle-là si belle qu’il serait dommage de ne la compter qu’une fois. Tel tronçon, enfin, est commun à 1 rouge, 1 noire et 1 bleue. Il y a donc 3 tronçons !

 

Du kilomètre à l’hectare

Aucun cabinet ne s’est penché sur les domaines de ski nordique, mais ils ne sont pas épargnés par les exagérations. Si les Saisies (73) indiquent 120 km de pistes de ski de fond – en comptant de 2 à 5 fois les mêmes tronçons –, la réalité est plus proche des 45 km. Aucune triche, en revanche, dans le Doubs. La Chapelle-des-Bois (25) propose réellement une centaine de kilomètres de pistes damées, sur des milliers d’hectares. « Il serait plus transparent de parler en hectares de domaine, comme les Américains, relève Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France. On y viendra, mais doucement. Car les skieurs européens ont leurs repères en kilomètres et les opérateurs nous demandent des estimations globales en kilomètres, avec des ­surenchères indéniables. »

 

Des touristes pas si « officiels »

Cela dit, le ski est certainement le secteur le plus transparent de toute l’industrie du tourisme. « Les remontées mécaniques sont des ­équipements de transport soumis à des contrôles techniques et financiers réguliers, précise Laurent Reynaud. On ne peut pas tricher sur la fréquentation. »Contrairement au secrétariat d’État au Tourisme… Aucun professionnel ne prend au sérieux son communiqué rituel annonçant que la France a battu un record mondial d’attractivité (85 millions de visiteurs en 2015, après 83,7 millions en 2014…). Comme le relevait en 2014 le Comité pour la modernisation de l’hôtellerie et du tourisme français, organisme ­indépendant,« si on divise en toute simplicité les recettes touristiques “officielles” par le nombre d’arrivées “officielles”, on obtient seulement 647 $ (587 €) de dépenses par touriste en 2012, ce qui relègue la France au 83e rang mondial ». Et laisse supposer que le chiffre de visiteurs officiels n’a aucun sens. Par exemple, la France compte comme 2 visiteurs – une fois à l’aller, une fois au retour –, le Néerlandais qui passe pour se rendre en Espagne. Champion du monde de l’exagération, pas de la fréquentation…

UFC QUE CHOISIR

 

Hébergé par Overblog